Per un’Università Pupulare Corsa

En ces temps d'évolutions rapides tant au niveau mondial que local, nous affirmons ici les fondements de notre engagement pour notre Université et au delà.

Fort de sa position et grâce au soutien de la communauté universitaire, le Sindicatu di i Travagliadori Corsi – Università est la première force syndicale de l’établissement et entend bien défendre les intérêts des travailleurs et agir pour le futur de notre Université.

Malgré les annonces rassurantes du pouvoir quant à l’économie de la Corse, l’emploi, les pseudos projets de développement… le Peuple Corse est conscient de la nécessité de s'affranchir de la dépendance économique, de lutter contre la précarité croissante et de la spoliation qu’il subit. Spoliation de sa terre, de sa culture, de son identité !

Comme l’ont si bien illustré les récents « événements » de Guadeloupe et de Kanaky, l’Etat français n’est que l’instrument du système capitaliste mondial qui digère, transforme, détruit tout ce que l’Homme fait, est. Et ce, dans un unique but de profit immédiat. Nous refusons fermement l'élaboration d'un monde où l'argent aurait plus de valeur que l’humain, où l'argent ne servirait pas les hommes mais les asservirait. La mondialisation ne doit pas uniformiser culturellement l’humanité ni être un vecteur d’exploitation de l’homme par l’homme. Elle ne doit en aucun cas accroître les inégalités sociales. Afin d’offrir à tous les jeunes corses l’égalité des chances, la possibilité de réussir, de vivre, d’étudier et de travailler dignement en Corse, l’Università di Corsica doit jouer pleinement son rôle socio-formateur. Elle doit être un ascenseur intellectuel et social.

Les profondes mutations que subit la société ne parviennent pas à être anticipées et prises en compte par l'éducation nationale française qui est frappée par une incapacité chronique à s'adapter, à évoluer. La loi relative aux Libertés et aux Responsabilités des Universités (LRU) et le passage aux Responsabilités et Compétences Elargies ne sont que de faux remèdes. Malgré les incantations du ministre de l’Enseignement Supérieur, l’Education à la française devient chaque jour un peu plus l’expression de l'archaïsme et d’une dictature procédurière. Nous ne pouvons que constater, de la part de l’équipe dirigeante universitaire, une application accélérée des réformes menées par l'Etat. Le passage à l’« autonomie » défendu par Mme Pécresse ne peut en aucun cas être assimilé à une mise hors norme de notre Université et constitue au contraire un alignement au droit commun. Encore une fois, la Corse aura servi de laboratoire à la république française !

La LRU se situe indiscutablement dans la lignée du processus de Bologne à l’échelle européenne et préfigure le désengagement financier de la Puissance Publique. Les universités doivent désormais faire appel à des fonds privés pour assurer d’une part leur fonctionnement mais également pour financer Recherche et Formation. Ainsi, l’université dépendante de ces apports financiers ne sera plus maîtresse de ses choix. Elle ne sera plus qu’un appendice, une filiale d’une entreprise où seuls comptent des indicateurs de performance et de rentabilité, et où les étudiants, enseignants et personnels administratifs ne représenteraient plus que des données. De plus, cela contribuera à voir disparaître certaines filières considérées comme non rentables ou non compétitives, mais dont l’intérêt se situe autre part…

La Recherche française voulant concurrencer les grands pôles internationaux tente d’adopter les théories anglo-saxonnes, prétendument vertueuses et excellentes, sans pour autant lui attribuer des moyens identiques. Nous ne laisserons pas sacrifier sur l’autel de la rentabilité financière ni des pans de notre histoire et de notre patrimoine méconnu, ni l’avenir de nos étudiants qui, à terme, n’auront plus aucune perspective scientifique dans le domaine de l’identité et de la culture corse. Car comment ne pas se révolter contre le système de mendicité dans lequel sont entrainés l’enseignement supérieur et la recherche pour le plus grand profit de multinationales comme Veolia, Total, Areva… qui ainsi, en plus d’exploiter une terre et son peuple, voudraient maitriser l’outil de formation ?

Aujourd'hui, il s'agit de révolutionner ce système muni d'œillères. Le décalage ne fait que s'accentuer entre formation dispensée et besoins réels du monde du travail. Pour nous, il s’agit non pas d’offrir une simple réponse aux attentes d’une économie que l’on ne maitrise pas, un misérable tissu reposant uniquement sur un tourisme de masse, mais d’inventer l’Economie de la Corse. C'est parce que nous refusons que notre avenir soit bridé par l’éducation nationale française que nous proposons de la remplacer par un système éducatif corse.

Nous exigeons une Università Pupulare Corsa, mise au service des intérêts de notre peuple. L’université ne doit pas être une tour d’ivoire réservée à une poignée de privilégiés. Elle est un outil d’épanouissement de la société corse. Fruit de la Lotta di Liberazione Naziunale, l’Università di Corsica se doit d'assumer et d'assurer pleinement son rôle social de formation et d’émancipation. L’Università Pupulare Corsa doit être un centre de formation accessible à tous. Tout au long de sa vie chaque corse doit pouvoir parfaire sa formation et de réactualiser ses connaissances. Nous nous opposons à la vision de Mme Pécresse quant au devenir de notre Université : « … se spécialiser pour attirer les meilleurs. » et ce en encourageant un « recentrage » de la carte des formations, par la suppression de sept mentions de licence et trois masters (cf. interview Corse Matin du 30/07/09). L’Università Pupulare doit, au contraire, être au service de notre jeunesse et au-delà notre peuple pour être meilleurs. Le savoir dispensant la Liberté nous ne pouvons nous satisfaire d’une sur-spécialisation de l’institution. L’accès à la connaissance est un des fondements d’une université. Il est impensable de priver notre société de celui-ci. Cela signifie que l’offre de formation doit bien évidemment proposer des solutions pour une économie performée mais également assurer la transmission des connaissances par des filières généralistes repensées, réactualisées. L’Università di Corsica ne doit pas former les élites de la Nation française ou les mercenaires d’une multinationale ; elle doit être un foyer de création culturelle et d’émancipation individuelle et collective au service de tous.

Concernant les bâtiments universitaires, comment passer sous silence les reculades et atermoiements de la Collectivité Territoriale qui se satisfait des actions entreprises tout en étant incapable de tenir ses engagements quant à la livraison de la bibliothèque universitaire – centre administratif, de l’extension de l’IUT et du 3ième campus ? Ces nouveaux locaux sont indispensables afin de permettre à l’université d’accueillir ses étudiants dans des conditions optimales et pour offrir un environnement de travail décent aux administratifs, enseignants et chercheurs.

Notre Université ne doit pas être un seul lieu de réflexion et d’apprentissage mais aussi un lieu de création et d’action. De son sein, des étudiants, des enseignants, des administratifs doivent surgir et agir des contre-pouvoirs capables de peser dans la société. L’heure n’est pas à l’attentisme mais à la responsabilisation, à la mobilisation, à l’action… La précarité croissante chez les étudiants ne doit plus être taboue. Elle est une réalité qui doit être prise en compte et combattue. En ce sens, le STC Università est à l’initiative de la création de l’associu « A Cunfraterna » qui a pour but de venir en aide aux membres de la communauté universitaire en difficulté. Syndicat de travailleurs, nous nous battrons pour le maintien des acquis sociaux des employés de l’Università et n’accepterons aucune remise en cause de leurs statuts. La résorption de l’emploi précaire est une de nos priorités. Pour cela, nous demandons notamment : • Un rehaussement du salaire des contractuels et des petites catégories dans les plus brefs délais. • L’évolution du statut des petites catégories, en particulier pour ceux qui sont proches de la retraite. • La mise en place d’un plan d’action sociale afin de répondre aux situations d’urgence et d’améliorer les conditions de vie des personnels. • L’amélioration des conditions de travail (certains locaux sont insalubres, non climatisés, surpeuplés…).

Notre action syndicale s’inscrit pleinement dans cette lutte sincère et désintéressée qu’est a Lotta di Liberazione Naziunale è Suciale. Elle ne sera jamais subordonnée à des intérêts particuliers et défendra toujours l’intérêt général. Nous l’annonçons clairement, le STC s’élèvera et combattra toute entreprise de détournement de l’Università di Corsica à des fins personnelles et partisanes. Nous le répétons avec force, nous sommes totalement opposés à une université soumise aux exigences du marché et qui constituerait le cheval de Troie en Corse de la multinationale Veolia et sa filiale Kyrnolia qui prend progressivement le contrôle de l’ensemble des secteurs d’activités de l’île par le biais de partenariats public/privé (transports, énergies, environnement…).

La création de l’Università di Corsica découlait d’une volonté d’émancipation du Peuple Corse ; sa réouverture fut fortement teintée d’espoir et de militantisme, de celui se situant au niveau d’une démarche d’enseignement spécifique aux corses et aux besoins de l’Ile. C’est en cela que nous avons l’impérieux devoir d’encore et toujours la défendre.

Inseme, per a nostra Università Liberazione Suciale, Liberazione Naziunale

U Sindicatu di i Travagliadori Corsi Università